La brutalité des puissances, la tentation autoritaire, les nationalismes de transaction : voilà la grammaire que les cyniques et les opportunistes voudraient imposer à notre temps. Ils cherchent à nous faire croire que l’avenir se décide d’abord dans le rapport de force.
Il serait naïf de croire que la puissance ne compte pas. La France fait le choix d’investir dans la souveraineté technologique, le réarmement militaire et industriel, la protection de nos frontières, l'attractivité de notre territoire et la défense de nos démocraties. Mais cette puissance n’a de sens que si elle permet de construire un monde meilleur pour nos enfants.
L’enfance est le commencement de toute promesse politique. C’est là que se jouent la cohésion d’une société, sa capacité à transmettre, à apprendre, à innover, à faire nation. Et c’est là aussi que naissent les fractures les plus profondes : les inégalités de santé, de langage, d’apprentissage, de confiance, de sécurité, d’opportunité.
Dans les pays les plus vulnérables, cette réalité coûte des vies. Près de cinq millions d’enfants meurent encore, chaque année, de maladies que nous savons prévenir. Dans toutes les sociétés, elle prend aussi d’autres visages : elle se retrouve dans les difficultés scolaires, la santé mentale, la violence qui s’installe trop tôt, les écrans qui captent l’attention avant que l’esprit ne soit formé, l’intelligence artificielle qui ouvre des possibles immenses et des risques nouveaux, et la solitude de certaines familles.
Les 10 et 11 novembre 2026, le Forum de Paris sur la Paix réunira au Palais de Chaillot un Sommet sur l’Enfance. Il rassemblera pouvoirs publics, organisations philanthropiques, secteur privé et société civile autour de cinq grandes priorités, inscrites dans le temps long : la santé maternelle et infantile, la nutrition, l’éducation, la protection, et le bien-être psychosocial et mental notamment face aux défis du numérique.
Ce Sommet s’inscrit en cohérence avec l’action que la France conduit depuis plusieurs années en mettant l’accent sur l’école primaire, les savoirs fondamentaux, l’instruction dès trois ans, l’accompagnement des jeunes vers la formation, la culture et l’emploi.
Il s’inscrit également dans le cadre de la Présidence française du G7, qui porte aussi cette priorité. En défendant la protection des mineurs dans l’espace numérique. En appelant à refonder notre solidarité internationale dans un moment où les budgets se tendent et où les besoins augmentent. En bâtissant des coalitions concrètes entre États, organisations internationales, philanthropies, entreprises, chercheurs et acteurs de terrain.
Ces combats ne sont pas séparés. Ils participent d’une même exigence : remettre les enfants au centre de nos choix.
Je souhaite que ce Sommet nous permette de progresser à travers trois piliers. D'abord, une déclaration affirmant que les enfants doivent redevenir une priorité explicite de la coopération internationale. Ensuite, un cadre commun de mesure permettant de suivre les progrès accomplis et fournir la transparence et l’exigence que cette action mérite. Enfin, une plateforme d’action capable de réunir les engagements, les financements, les innovations et les partenariats nécessaires pour transformer les intentions en résultats.
Au fond, choisir les enfants, c’est refuser une forme de fatalisme qui gagne notre époque. C’est rappeler que le progrès tient tout autant de la puissance que de l’espérance, et qu’il n’a de sens qu’au service des générations futures.
Emmanuel Macron
Président de la République française