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Un nouveau consensus pour le monde post-Covid : Renouveler le multilatéralisme au service du développement durable

Lors du Forum de Paris sur la Paix, le 12 novembre 2020, le président français Emmanuel Macron et d’autres dirigeants mondiaux ont lancé une discussion internationale sur l’élaboration d’un nouveau consensus pour le monde post-Covid-19. Cette discussion se poursuit par un débat continu, avec des contributions de dirigeants et d’experts du monde entier. Découvrez la tribune du Sébastien Jean, Directeur de recherche, Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE).

 

Renouveler le multilatéralisme au service du développement durable

La crise sanitaire en cours concentre les caractéristiques de notre époque : des défis communs majeurs, sur fond d’interdépendances étroites mais aussi de tensions croissantes. Le défi commun le plus évident est sans doute la lutte contre le changement climatique, mais la liste des biens communs mondiaux menacés est loin de s’y limiter, qu’il s’agisse de la biodiversité, des ressources halieutiques ou d’équilibre des écosystèmes, et il faudrait y ajouter la lutte contre la pauvreté, ainsi que la garantie d’une concurrence équitable entre des systèmes différents, n’entravant pas leur capacité à répondre aux besoins de leurs populations respectives. Dans la plupart de ces domaines, c’est une véritable communauté de destin qui prend corps, comme l’illustre la vaccination contre le coronavirus, la multiplication des variants signifiant que personne n’est durablement protégé tant que tout le monde ne l’est pas. Quant aux interdépendances, elles sont rendues inévitablement étroite par les facilités d’échanges et de transport, même si l’intensité des interactions varie. De fait, les connaissances scientifiques, l’information… et les virus se répandent presque instantanément à l’échelle internationale, de même que nombre de secousses sur les marchés financiers, de biens manufacturés et des matières premières. S’agissant des tensions, enfin, il est inutile d’insister sur leur exacerbation au cours des dernières années.

Dans ce contexte, le multilatéralisme est plus nécessaire que jamais, parce que les défis communs sont trop pressants pour s’autoriser un échec de coordination ; mais il est difficile à appliquer comme rarement, parce que les cadres existants sont déstabilisés quand ils ne sont pas rejetés, tandis que les rivalités entre grands acteurs compliquent leur renégociation.

En somme, renouveler le multilatéralisme est aussi délicat qu’indispensable. Pour y parvenir, il faut d’abord assurer son acceptabilité politique. Le sentiment de dépossession et les réactions de rejet souvent exprimés vis-à-vis des règles multilatérales montrent que cela n’a rien d’évident. La légitimité politique, tout comme l’expression de la solidarité et des préférences collectives, sont avant tout nationales ; les accords internationaux doivent se conformer à leurs impératifs, même lorsqu’ils paraissent faire obstacle à l’optimalité globale. Un gain agrégé ne légitime pas une politique s’il est obtenu au prix de déchirements sociaux ou d’injustices fiscales. La flexibilité et le pragmatisme doivent prévaloir.

Il faut ensuite établir des priorités. Les aspects commerciaux et financiers ont souvent été au centre de la construction des règles multilatérales, pour des raisons historiques et parce qu’ils étaient les mieux à même d’être traités dans ce cadre, étant donné les interactions directes dans ces domaines et les incitations qu’elles créent. Les échanges correspondants sont nécessaires au développement, mais ils ne sont pas un but en soi, et ne doivent plus être considérés comme tels. C’est à l’aune de la gestion des biens communs globaux -climat, biodiversité, ressources halieutiques…- et de la construction de biens publics internationaux -systèmes d’échanges commerciaux et financiers équitables et soutenables, innovations pour la santé, la transition énergétique et la lutte contre la pauvreté…- que doivent être conçues les règles nouvelles. Pour que ces priorités soient effectives, il faut leur conditionner certains bénéfices commerciaux ou financiers. Cette approche est la seule cohérente si l’on accepte que les instruments les plus efficaces pour influer sur les relations économiques internationales doivent être mis au service des objectifs communs prioritaires. Pour éviter des règles trop prescriptives, qui risqueraient d’être vécues comme des ingérences politiques inacceptables, ces conditions peuvent être fixées sous forme de minima. Les discussions actuelles sur la fiscalité des entreprises multinationales en fournissent un exemple, mais le principe s’applique aussi bien au domaine des droits humains et sociaux ou à celui de la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, entre autres. Sur une base faisant l’objet d’une concertation ouverte et suffisamment large, tenant compte des différents degrés de vulnérabilité, conditionner des bénéfices commerciaux et financiers au respect de tels minima aiderait à avancer concrètement vers les objectifs prioritaires pour la communauté internationale. Renouveler le multilatéralisme n’est plus une option, c’est un impératif. Mais cela nécessite de sortir des cadres anciens pour repenser les priorités et les méthodes.

Sébastien Jean, Directeur de recherche, Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE)

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