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Un nouveau consensus pour le monde post-Covid : Renforcer la protection sociale pour une reprise durable

Lors du Forum de Paris sur la Paix, le 12 novembre dernier, le président français Emmanuel Macron et d’autres dirigeants mondiaux ont lancé une discussion internationale sur l’élaboration d’un nouveau consensus pour le monde post-Covid-19. Cette discussion se poursuit par un débat continu, avec des contributions de dirigeants et d’experts du monde entier. Découvrez la tribune de Guy Ryder, Directeur général, Organisation internationale du Travail (OIT).

Renforcer la protection sociale pour une reprise durable

La pandémie de Covid-19 a provoqué un choc sans précédent. Toutes les régions du monde ont connu une chute historique de leur revenu et une destruction massive d’emplois. Ce choc ne fut pas seulement économique et social. Il a aussi mis à l’épreuve la cohésion des sociétés et la confiance dans les institutions publiques et dans l’avenir. Ce choc a enfin souligné les limites d’un modèle de développement consommant toujours plus d’énergies fossiles et de matières premières, menaçant à plus ou moins brève échéance l’habitabilité de la planète et la survie de l’humanité.
Il y a six ans, la communauté internationale adoptait les Objectifs de développement durable. Cette stratégie est plus que jamais d’actualité depuis 18 mois que sévit la pandémie.

L’OIT prend toute sa part à la mise en œuvre de ces objectifs. Cette organisation centenaire, partie intégrante du système des Nations Unies, est historiquement née du constat qu’il n’y avait pas de paix durable sans justice sociale. La paix et la justice sociale demeurent des objectifs clefs des Nations Unies. Il faut aujourd’hui y ajouter la lutte contre le dérèglement climatique et la défense de l’environnement sans lesquels la paix et la justice sociale resteraient de vaines promesses faites aux générations futures.

Dans cette épreuve que la pandémie nous a imposée, les Objectifs de développement durable doivent nous servir de boussoles afin de définir des réponses adaptées, pertinentes et ciblées. Permettez-moi de me placer sur quelques terrains sur lesquels l’OIT agit concrètement.

Celui des droits humains d’abord, avec l’exemple du travail des enfants, domaine dans lequel le monde avait depuis la fin des années 1990 effectué d’importants progrès. La tendance s’est malheureusement inversée au milieu des années 2010, et on peut craindre que la crise liée au Covid-19 n’aggrave encore la situation, en particulier sur le continent africain. C’est un devoir de la communauté internationale de réagir car nous disposons de leviers efficaces. C’est la pauvreté des familles qui pousse les enfants au travail et à renoncer à l’école. C’est en développant la protection sociale et en agissant au niveau des chaines mondiales d’approvisionnement des secteurs économiques les plus concernés qu’on pourra venir à bout de ce fléau et lutter efficacement contre la pauvreté.

La crise a souligné la vulnérabilité des plus fragiles dans la société. Un récent rapport de l’OIT indique que la moitié de la population mondiale est exclue de la protection sociale. Or la crise sanitaire a montré les bénéfices que représentait le soutien du revenu de toutes les personnes empêchées de travailler. Nous savons aujourd’hui avec certitude que la protection sociale a évité l’effondrement de l’économie et une catastrophe sociale, particulièrement dans les pays à revenus élevés. Mais nous savons aussi qu’en dehors de ces pays, la pauvreté a augmenté du fait des insuffisances de la protection sociale couplées à un accès inégal aux vaccins, compromettant ainsi aujourd’hui le redémarrage de l’économie et le retour à des jours meilleurs dans une grande partie du monde. Dans cette relance nécessaire de la stratégie de développement durable au plan mondial, il est donc impératif de mettre l’accent sur le renforcement de la protection sociale dans tous les pays.

On mesure à travers les exemples de la protection sociale comme du travail des enfants combien la pandémie risque d’aggraver les fractures mondiales entre pauvres et riches. La lutte contre les inégalités est un défi lancé à la communauté internationale et il en va de l’intérêt de tous de le relever. En 1944, à la veille de la création des Nations Unies, l’OIT adoptait la Déclaration de Philadelphie affirmant « la pauvreté, où qu’elle existe, constitue un danger pour la prospérité de tous ». L’OIT s’attache depuis sa création à lutter contre la pauvreté et les inégalités en agissant sur leurs ressorts au sein du monde du travail : améliorer les conditions de travail et parvenir à un meilleur partage des richesses par l’action syndicale, la négociation collective entre travailleurs et employeurs, le développement des droits individuels et collectifs du travail, l’accès à la protection sociale, la lutte contre les discriminations.

Ce combat est mondial, car en 1919 comme en 2021, nous savons qu’il est illusoire de parvenir à la justice sociale indépendamment d’une solidarité et d’une coopération internationale. Une action vigoureuse au sein du système multilatéral est aujourd’hui nécessaire pour surmonter les conséquences de la pandémie et mettre le monde sur la voie d’un développement durable et d’un travail décent.

Guy Ryder, Directeur général, Organisation internationale du Travail (OIT)