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Un nouveau consensus pour le monde post-Covid : Pour une économie durable, résiliente et inclusive

Lors du Forum de Paris sur la Paix, le 12 novembre dernier, le président français Emmanuel Macron et d’autres dirigeants mondiaux ont lancé une discussion internationale sur l’élaboration d’un nouveau consensus pour le monde post-Covid-19. Cette discussion se poursuit par un débat continu, avec des contributions de dirigeants et d’experts du monde entier. Découvrez la tribune de Angel Gurría, ancien secrétaire aux affaires étrangères (1994-97) et secrétaire aux finances (1998-2000) du Mexique, et ancien secrétaire général de l’OCDE.

Pour une économie durable, résiliente et inclusive

Réchauffement climatique, creusement des inégalités, accès insuffisant aux soins de santé et à l’éducation, tels sont quelques-uns des nombreux défis auxquels nous sommes confrontés depuis longtemps. Bien avant la pandémie, des voix se sont élevées pour remettre en question la mondialisation et le progrès technique. Malgré toute la création de richesse et le recul de la pauvreté au niveau mondial depuis quelques décennies, en dépit de leurs qualifications, beaucoup de gens se retrouvent sans emploi. La fracture sociale qui en résulte constitue une menace grave à long terme pour la prospérité économique et la santé publique.

Beaucoup d’observateurs considèrent la pandémie comme une occasion rare, un moment décisif pour voir grand et prendre des décisions cruciales au niveau international. La crise, c’est aussi l’occasion de construire une économie plus durable, plus résiliente et inclusive. A quoi ressembleraient une telle économie et une société résiliente ? Sur quels principes s’appuyer face aux choix difficiles qui nous attendent ? Comment faire pour ne laisser  personne sur le bord du chemin ?

La coalition pour une croissance inclusive B4IG (Business for Inclusive Growth), un partenariat stratégique entre l’OCDE et 35 grandes entreprises mondiales, constitue une initiative majeure pour changer la manière de faire des affaires. Fondée en 2019 lors du sommet du G7, elle rassemble des entités privées et publiques en faveur du développement de modèles commerciaux plus inclusifs, eux-mêmes éléments constitutifs d’un modèle économique plus durable à long terme.

L’inclusion fait référence à un accès plus équitable à des emplois corrects et à la formation professionnelle. Elle suppose un engagement en faveur de la diversité, de l’équilibre hommes-femmes et des droits humains. Elle peut conduire à une plus grande implication et plus de confiance à l’égard des employés, des clients et des autres parties prenantes, ainsi qu’à une plus grande création de valeur à long terme.

L’une des premières priorités de la coalition B4IG est de repenser la manière d’évaluer la performance des entreprises. En collaboration avec le Centre pour le bien-être, l’inclusion, la durabilité et l’égalité des chances de l’OCDE (WISE, Centre on Well-being, Inclusion, Sustainability, and Equal Opportunity), la coalition étudie la manière d’intégrer des indicateurs de performance non financiers (tels que le bien-être des parties prenantes et les empreintes environnementales) aux modèles économiques. Ces indicateurs concernent énormément d’éléments, du logement à la santé en passant par le savoir et les compétences. Ils s’appliquent non seulement aux employés et aux consommateurs, mais aussi aux fournisseurs et à la société.

La croissance rapide de la finance durable au cours des dernières années témoigne de l’effort plus large visant à ne plus se contenter des chiffres financiers et du PIB. Plus de 30 000 milliards de dollars d’actifs dans le monde répondent maintenant à des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) – une hausse de plus de 30 % par rapport à 2016. L’essor de l’investissement axé sur les critères ESG souligne le rôle capital de la finance pour intégrer des critères non financiers dans la répartition du capital au sein de l’économie. Ainsi, le coût du crédit que demande une entreprise peut être lié à sa réussite en matière de réduction des émissions de carbone ou de respect des objectifs de diversité.

Les partenariats public-privé sont essentiels pour parvenir à une reprise forte et inclusive et relever les défis croisés auxquels nous sommes confrontés. Les problèmes mondiaux d’aujourd’hui exigent une réflexion nouvelle sur le rôle des entreprises, de la société civile et des Etats, et sur leur collaboration.

Les Etats ne peuvent pas se contenter d’arbitrer le marché sans se préoccuper du reste. Ils doivent façonner et créer des marchés en encourageant certains investissements, en réduisant les risques qui leurs sont associés et en mettant en place des aides et des cadres réglementaires ciblés. Nombre d’innovations du privé dans le domaine de la technologie, des soins de santé et dans d’autres domaines n’auraient pas vu le jour sans le soutien des pouvoirs publics. Leur soutien en faveur de la recherche fondamentale a conduit à Internet, aux énergies propres et aux vaccins.

Compte tenu de la tendance vers plus d’automatisation qui supprime des emplois, la gestion de la transition verte et de la transition numérique (surtout) nécessitera un vaste effort de reconversion des travailleurs. Dans l’Union européenne, 75 % des entreprises de plus de 10 salariés assurent déjà et financent partiellement la formation de leurs employés. Mais davantage d’entreprises et de gouvernements doivent faire de même pour étendre l’accès à la formation à ceux qui en ont le plus besoin – en particulier les adultes ayant de faibles compétences et les personnes à faibles revenus.

Les employeurs ont un rôle majeur à jouer pour garantir une efficacité maximale des systèmes d’éducation et de formation. Ils doivent coopérer avec les pouvoirs publics pour favoriser l’apprentissage en milieu professionnel des étudiants – par exemple en créant des dispositifs plus flexibles et en développant des partenariats locaux école-entreprise.

Les entreprises doivent s’impliquer davantage dans le soutien au parcours professionnel des jeunes pour les préparer au monde du travail, et dans la lutte pour l’égalité hommes-femmes en offrant des congés parentaux, en instituant la transparence des salaires et en veillant à l’absence de discrimination dans les offres d’emploi.

Bien au-delà de la pandémie, c’est sur cette base que l’on peut construire les fondations d’une prospérité économique à long terme. Confrontés à des défis sans précédent, nous devons discuter de la réponse à leur apporter dans des forums mondiaux comme le Forum de Paris sur la paix. On entend souvent le slogan “Reconstruire en mieux”, mais nous ne pourrons pas résoudre les problèmes d’aujourd’hui avec les solutions du passé. Nous devons faire mieux avec des solutions nouvelles.

angel gurria

Angel Gurría, ancien secrétaire aux affaires étrangères (1994-97) et secrétaire aux finances (1998-2000) du Mexique, et ancien secrétaire général de l’OCDE.