Présentez votre solution avant le 27 mai
Rechercher dans tout le site
RETOURS SUR LES DÉBATS 2021

Christchurch call : des progrès timides dans l’inclusion de la société civile

Auteur : Mehdi Mouchrit, étudiant à Sciences Po, résume le débat de la quatrième édition du Forum de Paris sur la Paix.
Date : 12 novembre 2021

 

Christchurch call : des progrès timides dans l’inclusion de la société civile

Lancé en 2019 par la France et la Nouvelle Zélande, l’Appel de Christchurch est une série d’engagements des États, des entreprises du numérique et de la société civile à lutter plus efficacement pour éliminer les contenus terroristes et extrémistes violents en ligne en respectant les valeurs fondatrices de l’internet. Cette initiative a été prise suite à l’attentat tragique, diffusé en direct sur les réseaux sociaux, ciblant deux mosquées de la ville de Christchurch en Nouvelle Zélande.

Animée par Courtney Radsch, journaliste, autrice et défenseure des droits de l’Homme, cette session a permis de dresser un bilan des progrès réalisés en matière de lutte contre les contenus terroristes en présence de plusieurs acteurs participant à l’appel de Christchurch.

A l’occasion de son deuxième anniversaire, le président de la République française, Emmanuel Macron, et la première ministre de Nouvelle Zélande, Jacinda Ardern, ont réuni, au mois de mai 2021, les acteurs de l’appel de Christchurch afin de présenter les progrès concernant la mise en place des engagements pris. Parmi les avancés majeures, l’appel a permis de réformer le Global Internet Forum to Counter Terrorism, (GIFCT) dans le sens d’une indépendance plus grande vis à vis des grandes entreprises du numérique qui ont fondé le forum (Twitter, Facebook, Microsoft et Youtube), notamment à travers la création d’un comité consultatif indépendant composé de représentants d’États et de membres de la société civile. Crée en 2017, le GIFCT est une enceinte multipartite qui vise à collaborer et échanger des bonnes pratiques afin de lutter efficacement contre la prolifération de contenus terroristes en ligne. Avec l’impulsion de l’appel de Christchurch, un protocole partagé de gestion de crise commun aux États et aux entreprises a été mis en place au sein du GIFCT, dont l’architecture a été conçue par Microsoft comme l’avance Courtney Grégoire, directrice de la sécurité numérique chez Microsoft. En outre, Nick Pickles, directeur de la stratégie de politique publique, du développement et des partenariats chez Twitter, a annoncé que le nombre d’entreprises participantes au GIFCT a presque doublé depuis 2019, passant de 9 à 17 membres et que de nouveaux groupes de travail ont été créés autour de 6 thèmes : les aspects légaux, les aspects techniques, la recherche académique et pratique, le protocole de gestion de crise, l’impact des algorithmes, et les mécanismes d’intervention.

Si les efforts ont été concentrés sur la modération de contenu, cela est loin d’être la seule solution pour répondre au problème de la radicalisation, fait remarquer Farzaneh Badiei, fondatrice de Digital Medusa et co-présidente du groupe consultatif de l’Appel de Christchurch, une équipe composée essentiellement de membres de la société civile. « Nous en sommes malheureusement encore à la manière primitive d’aborder le problème du terrorisme en ligne, car nous le regardons à partir des contenus et non des humains » indique-t-elle, en ajoutant que « nous avons besoin de plus de recherches de la part des spécialistes des sciences sociales et des sciences politiques ». L’Ambassadeur français pour le numérique Henri Verdier souligne également l’importance cruciale de la recherche en affirmant « qu’il ne faut pas devenir une contre propagande face à ces gens mais plutôt comprendre le chemin de la radicalisation » et que « les effets des algorithmes sur la radicalisation nécessitaient des recherches sérieuses ».

Crée comme une initiative multipartite, l’Appel de Christchurch a également eu du mal à inclure la société civile comme le souligne Farzaneh Badiei. Selon cette dernière, les négociations des engagements se sont déroulées entre les entreprises et les États pendant que la société civile était reléguée au rang d’observateur. Même si des efforts ont été faits, la co-présidente du groupe consultatif de l’Appel de Christchurch rappelle que la société civile doit être davantage incluse dans les étapes dee mise en œuvre des engagements afin de respecter les droits humains et les valeurs fondatrices de l’internet. Le groupe consultatif s’est d’ailleurs exprimé pour mettre en garde les gouvernements de veiller à respecter les engagements de l’Appel notamment ceux relatifs à la protection des droits humains dans la législation nationale et régionale. Cela visait particulièrement l’Union Européenne qui, par son parlement, a voté puis adopté, en mai 2021, un règlement de prévention de la diffusion de contenus à caractère terroriste en ligne qui implique des conséquences importantes en matière de liberté d’expression.

Si l’Appel de Christchurch a pu avoir des avancées au sein du GIFCT pour lutter plus rapidement contre les contenus à caractère terroriste en ligne, cela s’est fait avec une faible participation de la société civile dont l’inclusion dans les processus de décision représentera un enjeu majeur pour lutter démocratiquement contre les contenus terroristes en ligne. En outre, comprendre les phénomènes de radicalisation en ligne en finançant la recherche et en demandant aux plateformes d’être plus transparentes est primordial avant d’imposer une réglementation qui constituerait une atteinte aux droits humains et aux principes d’un internet libre et ouvert.

 

Contribution de Mehdi Mouchrit          

Regarder le replay