Réunion de l’Alliance pour le multilatéralisme

L’Alliance pour le multilatéralisme est un réseau de ministres des Affaires étrangères engagés pour promouvoir un ordre international fondé sur le droit. La réunion de l’Alliance consacrée à la gouvernance du numérique vise à favoriser le dialogue nécessaire entre les États, les organisations internationales compétentes, les entreprises et la société civile. Le développement du numérique a des conséquences multiples dans les domaines économiques et technologiques mais aussi sociaux et politiques. La réunion a permis de mettre en valeur des initiatives concrètes en matière de gouvernance d’Internet et de cybersécurité. Les intervenants ont pu débattre de la pertinence et de la manière de s’attaquer à la désinformation et aux contenus extrémistes, illégaux et préjudiciables par le biais de la réglementation.

Date : 12 novembre 2019

Paris, France – Grande Halle de La Villette, Auditorium

Regarder l’intégralité du débat

Intervenants

  • Modérateur : Marietje Schaake, Présidente, Cyber Peace Institute
  • Stef Blok, ministre des Affaires étrangères, Pays-Bas
  • Christophe Deloire, Secrétaire général, Reporters Sans Frontières
  • Pekka Haavisto, ministre des Affaires étrangères, Finlande
  • Subrahmanyam Jaishankar, ministre des Affaires étrangères, Inde
  • Julian King, Commissaire chargé de l’union de la sécurité, Commission européenne
  • Jeppe Kofod, ministre des Affaires étrangères, Danemark
  • Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, République française
  • Heiko Maas, ministre des Affaires étrangères, Allemagne
  • Cédric O, Secrétaire d’État, chargé du numérique, République française
  • Nicolas Petrovic, Directeur général, Siemens France
  • Han Soekjoo, Président, Naver France
  • Martin Tisné, Directeur général, Luminate
  • Jimmy Wales, Fondateur, Wikipédia

Points clés de la discussion

  • Il a été souligné qu’un cadre juridique clair était nécessaire pour gérer les abus des réseaux sociaux et la diffusion de la désinformation politique. Il a été généralement convenu que les défis du numérique exigent un engagement multilatéral et du secteur privé, un dialogue avec toutes les parties prenantes, plutôt que par les seuls États.
  • Le ministre Jaishankar a rappelé que les technologies numériques ont été un moteur de transformation économique, sociale, politique et comportementale et qu’il est important de ne pas oublier qu’elles opèrent au sein de frontières nationales mais qu’elles ont une portée internationale, et qu’elles offrent des possibilités illimitées, mais qu’elles nous exposent aussi à un territoire inexploré de défis considérables. « Nous devons parvenir à une entente mondiale, sinon à une réglementation mondiale, afin que le cyberespace reste ouvert et sûr, » a-t-il dit. « Et pour cela, le multilatéralisme est plus essentiel que jamais ».
  • Les ministres Maas et Blok ont souligné que, bien que l’ordre international fondé sur des règles ait apporté une paix et une prospérité sans précédent, il doit être actualisé pour être plus inclusif, plus représentatif et plus efficace. Le multilatéralisme était traditionnellement l’affaire des gouvernements, mais à l’ère numérique, nous avons réussi à faire participer davantage de personnes, en travaillant à la mise en place d’un système qui fonctionne pour les gouvernements et les entreprises privées tout en reconnaissant l’importance de la liberté d’expression.
  • Le ministre Cédric O et Martin Tisné ont ajouté que si les institutions publiques ne rattrapent pas le reste du monde assez rapidement, elles seront perçues comme n’étant plus pertinentes et les gens auront recours à des solutions plus extrêmes. Il faut trouver un juste milieu entre un Internet dominé par les entreprises privées et un autre dominé par les gouvernements.
  • Le ministre Le Drian a déclaré que les citoyens ont droit à la vie privée, que les entreprises ont droit à des règles claires et que les démocraties dépendent de la sécurité de l’information. Il a précisé que « les questions de numérisation exigent un engagement multilatéral et du secteur privé tout en évitant deux écueils : une approche de laisser-faire non gouvernée et l’autoritarisme ».
  • M. Deloire a rappelé que la Déclaration internationale sur l’information et la démocratie présentée par Reporters sans frontières au Forum de Paris sur la Paix en 2018 est un bel exemple de coopération internationale introduisant un ensemble de garanties adaptées au paysage moderne.
  • M. Tisné a fait valoir que la réglementation devrait exiger des réseaux sociaux et des autres entreprises qu’elles séparent leurs fonctions de revenus publicitaires et éditoriales. Le problème fondamental est qu’une grande quantité de contenu en ligne est mise à disposition par un petit nombre d’entreprises qui profitent des recettes publicitaires que génère le contenu incendiaire et sensationnel. Investir dans la culture civique et numérique n’est qu’une approche à moyen terme. Il faut également adopter une perspective systémique qui implique de se concentrer sur le contenu, mais aussi sur la concurrence, en réinventant les lois antitrust et sur la confidentialité des données, qui sont désormais axées sur l’individu et non sur l’impact sociétal que ces technologies ont sur nos sociétés et nos démocraties.
  • Le ministre Kofod a ajouté que nous devons envisager de rapprocher l’industrie des technologies et les gouvernements et de repenser les alliances avec les partenaires non étatiques afin que l’innovation profite à tous et permette de résoudre les problèmes mondiaux, en défendant la démocratie, les droits de l’homme et l’ordre international. Selon Cédric O : « Lorsque vous demandez aux réseaux sociaux de mieux réguler leur contenu, vous soulevez une foule de questions juridiques, car vous demandez à un acteur privé d’assumer un rôle qui a traditionnellement été joué par les pouvoirs publics ».
  • Jimmy Wales a averti que la surrèglementation par les pays démocratiques pourrait donner une couverture aux régimes autoritaires qui adoptent le prétexte de la réduction de la criminalité et de l’extrémisme pour justifier la censure des contenus en ligne. Ainsi, la rhétorique sur la réglementation et le contrôle peut facilement être mal utilisée et mal appliquée. La modération des contenus est en effet extrêmement difficile à mettre à l’échelle et exige une grande prudence car la liberté d’expression est importante. Wales a également souligné que le modèle de Wikipédia, à but non lucratif et dirigé par les utilisateurs, était efficace pour fournir des informations précises et non inflammatoires.
  • Le ministre Haavisto a souligné qu’il est « nécessaire d’accepter que les démocraties sont intrinsèquement vulnérables à la désinformation, mais cela ne signifie pas pour autant que nous devons compromettre notre démocratie afin de lutter contre la désinformation ».
  • Le commissaire King a fait part de son espoir de produire, avec ses collègues, la première législation européenne exigeant des entreprises qu’elles suppriment les contenus répréhensibles et terroristes dans l’heure suivant leur identification par les autorités judiciaires et juridiques. Un contrôle indépendant efficace (et non une censure) sur la provenance des contenus politiques permettra de lutter contre la diffusion de la désinformation politique, afin que chacun puisse se faire une opinion sur celle-ci.
  • Selon Han Soekjoo, « Internet est comme une télévision qui n’a qu’une seule chaîne ». Le rôle et la subsistance des sociétés Internet locales sont nécessaires pour assurer une représentation de la culture et la diversité de chaque pays, mais ils sont également empreints d’une forte complexité juridique ».  

Abonnez-vous à la newsletter