Renaître de ses cendres ? Le multilatéralisme dans l’après-crise

La pandémie de coronavirus a mis à rude épreuve la coopération multilatérale, de nombreux États se tournant vers le nationalisme et les politiques de repli sur soi. Cette session a examiné les possibilités de transformer la crise actuelle en une opportunité de coopération multilatérale plus efficace. Comment les institutions internationales existantes peuvent-elles être adaptées pour faire face à un environnement mondial en mutation ? Quelles sont les nouvelles initiatives nécessaires pour « reconstruire en mieux » ? Et qui peuvent être les moteurs d’un tel changement ?

Session organisée par Körber-Stiftung.

Date : 13 novembre 2020 pendant la troisième édition du Forum de Paris sur la Paix.

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Intervenants

  • Josep Borrell Fontelles, Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité; Vice-président de la Commission européenne
  • Oby Ezekwesili, ancienne vice-présidente pour la Région Afrique, Banque mondiale ; Conseillère économique, Africa Economic Development Policy Initiative
  • Clément Beaune, Secrétaire d’État auprès du ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes
  • Natalie Samarasinghe, Directrice stratégique des commémorations du 75ème anniversaire des Nations unies
  • Modératrice : Nora Müller, Directrice exécutive des affaires internationales, Körber-Stiftung

Points à retenir

  • Un avenir meilleur pour la relation transatlantique : Les participants ont convenu que l’élection présidentielle américaine de 2020 aura un impact significatif sur les relations internationales et l’avenir de l’action collective. L’administration Biden devrait rétablir le dialogue et la coopération, permettant ainsi une meilleure compréhension transatlantique. Toutefois, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrel a souligné que « la crise du multilatéralisme n’a pas commencé avec l’élection de Donald Trump et ne se terminera pas avec celle de Joe Biden ».
  • Autonomie stratégique européenne : « Le multilatéralisme n’est rien d’autre que le règlement intérieur de la communauté internationale, notre maison commune. Il définit des normes communes et introduit de la stabilité dans les relations internationales », a expliqué Josep Borrell. De multiples acteurs tels que la Chine, la Russie ou la Turquie menacent aujourd’hui cette stabilité en remettant en cause le système multilatéral. Dans ce contexte, l’Union européenne doit défendre son autonomie de pensée et d’action. Les décideurs politiques européens doivent rester concentrés sur la définition des intérêts, des valeurs et des priorités propres à l’Europe, ont averti Oby Ezekwesili et Clément Beaune.
  • Le Covid-19 et l’avenir de la diplomatie : Interrogé sur l’impact de la pandémie sur son travail, le Secrétaire d’État Clément Beaune a souligné que les réunions en personne étaient cruciales dans certaines circonstances : « Les dirigeants européens ne seraient probablement pas parvenus à un accord sur le plan de relance de l’UE sans discussions physiques ». Néanmoins, M. Beaune a également évoqué la nécessité d’être plus conscient des implications climatiques des voyages aériens fréquents. Au-delà de la mise en exergue et du renforcement des inégalités mondiales, « le Covid-19 a pris les dirigeants du monde au dépourvu et a servi de signal d’alarme quant au manque de préparation des États », a ajouté Oby Ezekwesili.
  • Vers un multilatéralisme multipartite : En discutant des actions concrètes pour construire l’ordre international post-Covid-19, Natalie Samarasinghe et Oby Ezekwesili ont souligné que créer un lien avec les citoyens du monde représentait un défi substantiel. « Les gens veulent avoir davantage leur mot à dire dans la prise de décision mondiale, ils veulent être impliqués à tous les niveaux » a indiqué Natalie Samarasinghe. Selon elle, les Nations unies devraient passer « d’une approche institutionnelle à une approche de partenariat ». L’inclusion d’un ensemble diversifié d’acteurs dans son système aiderait l’ONU à se réinventer et permettrait l’émergence d’un « multilatéralisme inclusif ». Oby Ezekwesili a convenu que le monde a changé et que l’ONU doit s’adapter et garder sa pertinence. « Nous devons concevoir un système multilatéral équitable pour le XXIème siècle » a-t-elle conclu. Selon elle, le principal défi des années à venir consiste à faire entendre de nouvelles voix dans le système international et à mettre en place des institutions qui tiennent compte des inégalités mondiales et institutionnelles actuelles tout en encourageant la citoyenneté active.

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