Reconnaître le Sud : pour une gouvernance mondiale plus équilibrée

Au fil des ans, les pays du Sud ont proposé, en vain, plusieurs réformes du système multilatéral existant. Les plates-formes Sud-Sud se sont donc développées et renforcées. Cependant, dans un monde globalisé tel que le nôtre, les défis du Sud sont en fait mondiaux et partagés. Comment pouvons-nous construire une architecture plus inclusive et actualiser et renforcer le dialogue et la coopération Nord-Sud ?

Date : 12 novembre 2019

Grande Halle de La Villette, Agora 1

Regardez ce débat dans son intégralité

Intervenants

  • Modérateur : Mo Ibrahim, Fondateur et Président, Mo Ibrahim Foundation
  • Paul Biya, Président du Cameroun
  • Hor Namhong, Vice Premier Ministre du Cambodge
  • Louise Mushikiwabo, Secretaire Générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF)
  • SEM Hossam Zaki, Secrétaire Général adjoint, Ligue des Etats arabes
  • Mohan Kumar, Président, Research and Information System for Developing Countries (RIS)

Points clés de la discussion

  • En réaction à l’injonction de Mo Ibrahim invitant à « brandir un carton rouge car nous ne sommes pas représentés », le président Paul Biya a rappelé que le mode de fonctionnement de l’architecture internationale actuelle était obsolète et que la bipolarité issue des conflits du 20e siècle devait cesser et se transformer en actions concrètes de rééquilibrage des forces dans les négociations et institutions internationales telles que le Conseil de sécurité des Nations unies ou le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale. Le président a lancé un appel aux pays du Nord pour qu’ils prennent en compte la nouvelle réalité du monde actuel. Des changements doivent être faits en profondeur et pas seulement de manière superficielle.
  • Mohan Kumar a encouragé la création d’initiatives de coopération multilatérale offrant un rôle substantiel au Sud, comme ce fut le cas avec l’Alliance Solaire Internationale lancée par la France et l’Inde lors de la COP 21. Il a précisé que la coopération Sud-Sud avait beaucoup de potentiel et que si les institutions internationales actuelles ne s’adaptaient pas au Sud, d’autres institutions venant du Sud les remplaceraient, la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures créée par la Chine en étant un exemple récent. Selon lui, le mantra des pays du Sud devrait être de « ne pas laisser de mauvaises situations politiques prendre le dessus sur de bonnes situations économiques, car ce dont nous avons besoin est d’une économie solide et d’une bonne gouvernance », bases nécessaires au développement.
  • Hor Namhong a exhorté les pays du Sud à mieux promouvoir ensemble leurs intérêts économiques et politiques communs pour renforcer leur capacité de négociation, notamment dans le cadre du Groupe des 77 ou du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies. Il a prédit que dans quinze ans, beaucoup de pays du Sud ne seraient plus seulement émergents et qu’ils revendiqueraient donc légitimement une place plus importante dans le concert des nations. Tout le monde s’accorde donc à dire que les règles doivent être changées, mais il reste à déterminer comment.
  • Louise Mushikiwabo a déclaré que l’injustice et le déséquilibre de représentation ne devaient pas être des excuses pour le Sud global pour ne pas agir et que les pays en faisant partie devaient profiter de toutes les opportunités s’offrant déjà à eux pour améliorer leur sort ainsi que celui de la planète. « Nous ne devons pas attendre que l’on nous offre des sièges pour nous asseoir à la table. Nous devons maximiser toutes les possibilités que nous avons. », a-t-elle ainsi déclaré. Le règlement des conflits entre pays du Sud ne doit pas attendre un changement des règles du jeu par le Nord qui prendra du temps, mais doit passer par une coopération Sud-Sud accrue. L’OIF est un exemple de coopération concrète entre pays du Nord et du Sud, dont les fondateurs sont en grande partie des dirigeants du Sud. Elle a également expliqué que les pays du Sud devaient mieux préparer la gestion et la stratégie de leurs relations avec la Chine, acteur désormais incontournable sur la scène internationale s’identifiant au Sud d’un point de vue idéologique, pour ne pas se trouver en position de désavantage.
  • Hossam Zaki a souligné que les pays du Sud devaient dépasser leurs différends politiques et sécuritaires pour faire ressortir des intérêts socio-économiques communs et lancer des initiatives de coopération multilatérale positives, comme ce fut le cas récemment au Moyen Orient avec la création du marché commun arabe de l’électricité. Le Sud a démontré qu’il pouvait former un bloc reconnu au niveau international, même si sa marge de progression reste importante. La Chine et l’Inde sont ainsi deux acteurs géants indispensables dans le nouvel ordre mondial, notamment concernant les questions climatiques. D’après lui, la question clé est de savoir si les pays du Sud auraient davantage d’intérêt à concentrer leurs efforts dans les structures globales existantes ou à en créer eux-mêmes des plus petites qui répondent plus spécifiquement à leurs problématiques.

Ressources

Retrouvez l’article de Mo Ibrahim sur le blog Medium du Forum de Paris sur la Paix

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