Quelles frontières pour un monde ouvert ?

Après la chute du rideau de fer, le monde a connu des niveaux d’interconnexion inégalés. La mondialisation et les flux transnationaux de personnes, de biens, de capitaux et d’informations devaient progressivement enlever leur importance aux frontières. 30 ans plus tard, c’est le contraire qui semble s’être produit. Partout dans le monde, les frontières sont fortement protégées, contestées ou même unilatéralement redessinées. Cette session a exploré le rôle (renouvelé) des frontières dans un monde en apparence ouvert. Comment les États et les organisations internationales doivent-ils faire face aux exigences contradictoires d’ouverture et de sécurisation des frontières ? De quelle manière devons-nous changer notre façon de concevoir mes frontières à l’heure de la mondialisation accélérée ?

Session organisée par Körber-Stiftung.

Date : 13 novembre 2019

Paris, France – Grande Halle de La Villette, Auditorium

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Intervenants

  • Modératrice : Elisabeth Von Hammerstein, Directrice de programme, Affaires internationales, Körber-Stiftung
  • Benedetta Berti, Directrice, Unité de la planification politique, Bureau du Secrétaire Général, Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN)
  • Pia Fuhrhop, Directrice du Bureau de Berlin, Institute for Peace Research and Security Policy (IFSH)
  • Thomas Greminger, Secrétaire Général, Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE)

Points clés de la discussion

  • Le mot “frontières” a une connotation négative pour la plupart des participants du Forum de Paris sur la Paix. C’est ce qui est ressorti d’un sondage réalisé en direct à l’occasion duquel 71,2 % des participants ont déclaré que ce mot avait pour eux une connotation négative, tandis que 28,2 % affirmaient que celui-ci avait une connotation positive. Dans la continuité de ces résultats, les intervenants ont partagé leurs impressions personnelles sur l’impact qu’avait eu la suppression des barrières physiques suite aux accords de Schengen en Europe et comment ceux-ci avaient permis de rapprocher des régions frontalières et contribué à renforcer des identités transnationales. Ils ont toutefois rappelé à l’auditoire que les frontières avaient également une fonction de protection. Le Secrétaire général de l’OSCE, Thomas Greminger, a souligné qu’« elles sont un élément crucial de l’indépendance de l’État ». 
  • Les migrations vers l’Europe devraient être présentées de manière plus positive. « Oui, nous avons besoin de frontières sûres, mais nous ne devons pas perdre de vue que l’ouverture et la capacité à attirer les gens ont été et continuent à être un grand atout pour nous. Lorsque nous perdrons cette attractivité, c’est que nous serons en déclin. », a déclaré Benedetta Berti.
  • Le défi de l’ouverture et de la sécurité des frontières : mettre en place des frontières ouvertes et en même temps sûres est un défi permanent pour de nombreux États et organisations régionales et internationales, et pas seulement en Europe. À une époque où la plupart des défis en matière de sécurité sont transnationaux, « la seule façon d’avancer est par le dialogue et la coopération en matière de sécurité », d’après Thomas Greminger. Dans ce domaine, les accords multilatéraux peuvent créer un environnement propice à la résolution des problèmes en offrant des plateformes d’échanges. Mais ce sont les États qui doivent s’attaquer aux problèmes de gouvernance sous-jacents et travailler à l’amélioration de la coopération régionale, a-t-il soutenu.
  • Le droit international est menacé lorsque les frontières sont redessinées de manière unilatérale. Benedetta Berti a souligné que l’inviolabilité des frontières existantes est un principe clé de l’ordre international fondé sur le droit. Lorsque des États enfreignent cette règle, la communauté internationale doit unir ses forces pour faire respecter le droit international.
  • La technologie remet fondamentalement en question la notion de frontières au sens traditionnel. Garantir des droits et devoirs numériques dans une sphère numérique sans frontières est le nouveau grand défi de l’humanité, bien davantage encore que la gestion des frontières physiques. « Les gens sont mieux équipés, mais ils ne sont pas nécessairement plus connectés », a averti Pia Fuhrhop en rappelant l’existence répandue de bulles et de filtres qui limitent certains accès. Thomas Greminger a souligné les aspects positifs des innovations technologiques, qui peuvent également aider à relever des défis transnationaux comme le terrorisme.
  • Vision du Futur : en conclusion de la discussion, tous les intervenants ont exposé leur vision des frontières dans trente ans. D’après eux, en 2050, les frontières seront « encore contestées et des enjeux politiques [vision réaliste], ou bien [vision idéaliste] une source de coopération plutôt que de frictions. » (Benedetta Berti), « toujours présentes, mais ne seront pas des blocages rédhibitoires pour les êtres humains dotés de droits fondamentaux que tout le monde devrait avoir et dont chacun, espérons-le, pourra jouir dans son existence. » (Pia Fuhrhop), ou « sûres et ouvertes, avec des États qui auront pris conscience que les défis mondiaux de sécurité ne peuvent être relevés avec succès que par des approches coopératives. » (Thomas Greminger).

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