COP15 Kunming : dernière chance pour la biodiversité

À seulement un an de la COP15 à Kunming, un million d’espèces sont menacées et l’homme est à l’origine de la grande majorité des dégâts causés aux écosystèmes terrestres et marins. En 2020, la Chine accueillera le prochain grand forum international sur la conservation de la biodiversité, un événement qui nécessite une préparation active en amont de l’accord à signer. Le Forum de Paris sur la Paix a servi de plate-forme préparatoire pour poser les bases de l’adoption d’un nouveau cadre mondial pour la gouvernance de la biodiversité après 2020. Pour réussir, il sera essentiel de changer notre approche de la gouvernance de la biodiversité. À Kunming, le multilatéralisme pourra-t-il amener le changement ?

Date : 12 novembre 2019

Grande Halle de La Villette, Agora 1

Regardez ce débat dans son intégralité

Intervenants

  • Modérateur : Jean-Pierre Raffarin, Ancien Premier ministre français, Président de l’ONG Leaders pour la Paix
  • Brune Poirson, Secrétaire d’État de la Transition écologique et solidaire
  • Huang Runqiu, Vice-Ministre de l’Ecologie et l’Environnement, Chine
  • Liu Ning, Négociateur en chef pour la COP 15, Chine
  • S.E. Razan Khalifa Al Mubarak, Directrice du Mohamed Bin Zayed Species Conservation Fund (MBZ Fund), Emirats Arabes Unis
  • Yin Myo Su, Directrice, Inle Princess Resort; Fondatrice, Inle Heritage Foundation, Myanmar

Points clés de la discussion

  • Brune Poirson a reconnu que jusqu’à présent, la biodiversité avait été le « parent pauvre » des négociations entre Etats et que la préservation de la nature devait devenir un objectif aussi important que la réduction des émissions de CO2 dans l’agenda international. Parmi les points d’expérience ayant contribué au succès de la COP21 en France, elle a cité l’importance de la mobilisation de haut niveau et un fort engagement politique. Elle a précisé que les Etats ne pouvaient pas réaliser la transition écologique seuls et que la clé était la mobilisation de la société civile. Elle a souligné l’importance des étapes préparatoires à la COP15 telles que le Congrès Mondial de la Nature de juin 2020 à Marseille ou le Leaders’ Biodiversity Summit des Nations Unies en septembre 2020. Elle a ajouté qu’avoir une présidence forte avec des chefs de délégation et des négociateurs engagés était primordial. Enfin, elle a dit que la biodiversité était un sujet qui pouvait unir les Européens et que le même niveau d’efforts engagés pour le respect de l’Accord de Paris devrait être déployé concernant la biodiversité. L’attente des citoyens est la mise en place de solutions fondées sur la nature avec un cadre global qui englobe la biodiversité et les émissions de CO2 avec des outils de transparence, de responsabilisation et des échéances claires pour l’avenir.
  • Du côté des organisateurs de la COP15, Huang Runqiu a exprimé que l’objectif de la COP15 devait être la création d’un cadre ambitieux mais réaliste avec des résultats concrets incluant toutes les parties prenantes. Sans véritables actions, une simple feuille de route sera inutile. Selon lui, en Chine, une forte mobilisation sur le sujet est déjà en cours à différents niveaux dans le cadre d’une Commission pour la Biodiversité incluant le gouvernement central, les ministères de l’Ecologie, de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et les autorités provinciales et locales. Pour contrer l’impact négatif de l’industrialisation sur l’environnement et la biodiversité en Chine et dans le monde, le vice-ministre a précisé que la Chine essayait de sensibiliser les entreprises pour qu’elles respectent les normes des pays dans lesquelles elles opèrent, notamment par le biais de la « Belt and Road Initiative International Green Development Coalition ». Concernant les synergies possibles entre l’environnement et la biodiversité, il a cité le mécanisme mis en place en Chine de la « ligne rouge écologique » permettant de placer des zones dont la fonction écologique est essentielle sous protection obligatoire selon leur niveau de vulnérabilité et permettant de réduire les émissions de CO2 et préserver les écosystèmes dans ces périmètres.
  • Liu Ning, le négociateur en chef chinois de la COP15, a ajouté que les consultations avaient déjà démarré avec plusieurs gouvernements et organisations internationales et que des réunions avec les groupes de travail étaient prévues début 2020 et en juin en Colombie pour déterminer points communs et divergences. L’un des points clés les plus délicats sera la mise en place d’un mécanisme de financement mutuel nord-sud, prérequis à la réussite, mais qui suscite des désaccords entre pays développés et en voie de développement. Sans celui-ci, le cadre ambitieux posé lors de la COP15 pourrait rester lettre morte.
  • S.E. Razan Khalifa Al Mubarak a mis en lumière les différences entre l’agenda concernant le changement climatique, conçu depuis le début dans un cadre intellectuel global avec des mécanismes internationaux et une approche du haut vers le bas soutenu par la société civile, et celui sur la biodiversité qui n’avait jamais jusqu’alors été conçu de manière globale. Ainsi les approches à son sujet ont toujours été locales et il est donc primordial d’inclure la société civile et les communautés locales dans la création d’un nouveau cadre pour que celui-ci puisse progresser. Elle a précisé que dans le cas de la biodiversité, il ne faut pas commencer par la définition d’objectifs globaux, mais plutôt par aider les autorités locales à établir des objectifs locaux, puis dans un second temps voir comment ces objectifs peuvent être élargis à plus grande échelle. En outre d’après elle, même si l’on améliore les effets engendrés par le changement climatique, les questions de biodiversité ne seront pas toutes automatiquement résolues : il faut traiter ces questions séparément avec des méthodes distinctes. Elle a ajouté que l’innovation technologique était utile (par exemple l’utilisation de l’intelligence artificielle, d’images satellites, de big data etc.), mais qu’elle ne peut pas remplacer l’action humaine sur le terrain. Les solutions efficaces existent déjà pour protéger la nature, ce qui manque c’est la volonté politique et humaine de les mettre en place. « La plus grande innovation sera le changement des mentalités des gouvernements du monde. Ce sera la volonté de protéger la biodiversité ». Elle a cité un exemple de coopération internationale réussie en la matière : la réintroduction au Tchad de l’oryx algazelle considéré comme éteint, mais qui a pu y renaître grâce aux dons de spécimens provenant de réserves internationales privées, dont des Emirats Arabes Unis. Enfin, elle a souligné que seuls 3% des dons privés dans le monde allaient à la protection de la nature : les fonds sont bien présents mais l’enjeu est désormais de réussir à les diriger plus largement vers les initiatives de conservation. Elle a cependant ajouté qu’il n’y avait pas nécessairement besoin de beaucoup de ressources pour protéger la biodiversité : ainsi la fondation MBZ met l’accent sur la « micro philanthropie » en faisant en sorte que de petits dons produisent de grands effets en les attribuant aux individus les plus qualifiés réalisant le travail sur le terrain.
  • En tant que Présidente à la fois d’un complexe touristique et d’une fondation de préservation de l’environnement, Yin Myo Su a expliqué les enjeux de la dialectique environnement et développement au Myanmar, dans un pays ouvert récemment au tourisme et peu préparé aux changements rapides. Elle a mis l’accent sur l’importance de la sensibilisation aux questions environnementales des populations locales et du lien entre mise en valeur et protection du patrimoine matériel, immatériel, culturel, naturel et développement durable. « Protéger les autres, c’est se protéger soi-même » a-t-elle déclaré. Elle a insisté sur l’importance de l’éducation des jeunes générations qui formeront la société et les dirigeants de demain et de l’apprentissage dans les deux sens : des anciennes générations vers les jeunes, mais également en sens inverse, étape nécessaire pour un changement durable des mentalités. La stabilisation de l’économie et la résolution des problèmes sociétaux (guerre civile, questions migratoires) ont des répercussions sur l’environnement et doivent donc aussi être considérées pour créer des solutions durables. Elle a également souligné que des efforts devaient être faits pour que les financements soient les plus efficaces possibles et ne soient pas détournés en coûts administratifs ou par la corruption. Elle a également appelé les pays de grande taille comme ses voisins la Chine ou l’Inde à donner l’exemple en termes de bonnes pratiques, de responsabilité et de transparence pour inspirer les pays de plus petite taille à faire de même. Enfin, elle a expliqué que la société civile et les populations n’avaient pas à attendre les décisions des états pour agir car le changement vient également des choix de consommation de chacun au quotidien.

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