Art du dialogue, dialogue des arts

La culture et les arts sont de puissants vecteurs de paix. Le dialogue entre les institutions culturelles, y compris les institutions privées, est fondé sur l’instauration de relations personnelles qui transcendent la diplomatie traditionnelle. Ainsi, la culture est essentielle à la compréhension et à la coopération internationale. Les musées, les collectionneurs d’œuvres d’art et les représentants culturels peuvent contribuer à l’entente et la prospérité des peuples à travers l’art, en surmontant les soupçons séculaires et l’instabilité inhérente aux relations internationales. Cette session s’intéresse au croisement fécond de l’art et de la diplomatie.

Date : 12 novembre 2019

Grande Halle de La Villette, Agora 1

Regardez ce débat dans son intégralité

Intervenants

  • Modérateur : Steven Erlanger, Correspondant diplomatique en chef pour l’Europe, The New York Times
  • Franck Riester, Ministre de la culture, France
  • SE Noura Bint Mohammed Al Kaabi, Ministre de la culture et du développement des connaissances, Emirats Arabes Unis
  • Marina Loshak, Directrice du Musée des Beaux-Arts Pouchkine, Russie
  • Dr. Thomas S. Kaplan, Fondateur, The Leiden Collection ; Président, ALIPH, Président, The Electrum Group, Etats Unis
  • Anibal Jozami, Président, Bienalsur, Argentine

Points clés de la discussion

  • Franck Riester a encouragé le développement de politiques culturelles numériques et « hors les murs » (comme le Louvre Abu Dhabi aux EAU ou le Centre Pompidou à Shanghai) permettant de donner accès au patrimoine de l’humanité au plus grand nombre et d’améliorer la compréhension entre les peuples, ainsi que les échanges et résidences d’artistes étrangers. « On doit pouvoir partager, mettre à disposition au maximum les œuvres de l’humanité pour essayer de démontrer que malgré nos différences, malgré nos cultures, nos histoires différentes on peut se retrouver autour du beau et d’émotions qui sont universelles », a-t-il déclaré. Il a expliqué comment les partenariats entre musées internationaux pouvaient permettre à des pays d’entretenir des relations même dans des moments de tensions, ce qu’ont pu illustrer les prêts d’œuvres de Leonard de Vinci et Raphaël à l’Italie. Sur la question sensible de la restitution d’œuvres d’art africaines mal acquises, le ministre a évoqué les pistes envisagées par son gouvernement en précisant que cette réflexion devait être faite également au niveau européen : restitution de certaines œuvres et circulation d’œuvres pour donner aux Africains accès à leur patrimoine et à celui du monde entier avec une politique d’accompagnement en matière d’ingénierie muséale et de conservation.
  • SE Noura Bint Mohammed Al Kaabi a incité les gouvernements à faire des efforts pour rendre l’art accessible à tous, notamment grâce à l’aide de la technologie, et souligné l’importance de la connectivité dans un monde globalisé où les échanges sont nombreux et où il est crucial de comprendre les différences culturelles pour pouvoir y évoluer. Elle a mis en lumière l’importance de la reconstruction des œuvres patrimoniales après les conflits en donnant l’exemple de Mossoul et expliqué pourquoi il était important de rebâtir les lieux de culte et de culture pour que toutes les communautés puissent revivre et coexister et que la jeunesse se forme sur des bases d’entente mutuelle.
  • Marina Loshak a rappelé que la culture pouvait aider à rapprocher les pays en périodes de tension. L’initiative du Dialogue de Trianon permettant aux acteurs économiques, culturels et intellectuels franco-russes de dialoguer, de se rapprocher et de surmonter leurs éventuelles incompréhensions en est un bon exemple. Elle a recommandé de mieux considérer les acteurs locaux car les phénomènes mondiaux sont l’agrégation de phénomènes locaux dispersés et c’est aussi à cette échelle que se diffusent les phénomènes mondiaux. Il est donc crucial de leur donner davantage d’importance et de mixer les éléments locaux et globaux.
  • Thomas Kaplan a illustré les bénéfices de la remise dans l’espace public d’œuvres de collection privée et a décrit ce qu’il avait lui-même entrepris avec sa femme pour la Leiden Collection, leur collection personnelle regroupant 250 chefs d’œuvre d’art hollandais du 17e siècle. Leur circulation dans divers endroits du globe est une façon de montrer au public du monde entier l’universalité de l’art, sa place dans l’histoire de l’humanité, et non une initiative à visée impérialiste. « A un moment où l’on construisait des murs et détruisait des ponts, nous construisions des ponts » a-t-il ainsi résumé leur démarche. Il a exposé le rôle humaniste que l’art a à jouer pour résister aux vagues actuelles d’extrémisme et de nationalisme. Il a ainsi dit que le Louvre Abou Dhabi était un symbole fort d’ouverture et de tolérance entre les cultures et les civilisations dans une région où bien des villes et des chefs d’œuvre patrimoniaux avaient été détruits par l’obscurantisme terroriste.
  • Anibal Jozami a donné l’exemple de la biennale d’art contemporain d’Amérique du sud Bienalsur permettant d’amener l’art à un public nouveau et « aux couches les plus démunies de la populations » et ne plus le réserver qu’à une élite. Il a précisé, en citant l’exemple du Venezuela et de la Colombie, que dans un contexte de tensions régionales, l’art pouvait jouer un rôle important dans la reprise des relations entre pays et « être utilisé comme façon d’influencer les relations internationales ». Les expositions permettent la diffusion des valeurs de respect de la diversité culturelle et la possibilité de coexister de manière conviviale, ou encore l’atténuation de préjugés, comme ce fut le cas lors d’échanges artistiques organisés entre l’Argentine et l’Arabie Saoudite.

Ressources

Retrouvez l’article de Anibal Jozami sur le blog Medium du Forum de Paris sur la Paix

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